La rubrique à Gégé : Bonjour Madam’…..sieur… ! Entre anomalies génétiques et tricheries


Saut victorieux de « Dora Ratjen » aux championnats d'Allemagne 1937 à la hauteur d'1,63 m.

Mlle Dora Ratjen est en réalité Heinrich Ratjen, athlète allemand né en 1918 et mort le 22 avril 2008.

« Dora » participa aux Jeux olympiques d'été de 1936 à Berlin où il ne remporta pas de médaille (il se classa 4e au saut en hauteur). Lors des 2e Championnats d'Europe d'athlétisme en 1938 il remporte une médaille d'or, au saut en hauteur, toujours dans la catégorie féminine (les épreuves féminines se sont déroulées les 17 et 18 septembre à Vienne, Autriche, alors que les masculines ont eu lieu du 3 au 5 septembre à Paris). Il établit à cette occasion un nouveau record du monde à 1,70 mètre.

En septembre 1938, sa pilosité faciale trahit Ratjen et il est soumis à une expertise médicale : Il présente des anomalies de l’appareil génital caractéristiques de l’hermaphrodisme (hypospadias et cryptorchidie).

On retire donc les titres à Heinrich Ratjen et il est exclu de la fédération allemande d'athlétisme. La question resta de savoir si les autorités du sport allemand savaient que Dora était en fait un homme ? Il semble que les nazis aient fermé les yeux sur une ambigüité sexuelle pour créer une concurrente à la favorite allemande du saut en hauteur dans les années 1930 : Gretel Bergmann, d’origine juive. On a prétendu qu’elle ne se montrait jamais nue dans les vestiaires.

Après la Seconde Guerre mondiale, l'ex-sportif expliqua « qu'il avait ainsi vécu trois ans comme une femme, camouflant ses parties génitales pour ne pas être démasqué ». Il accusa aussi l’Association des Jeunes Filles Allemandes, section féminine des jeunesses hitlériennes, de l'avoir forcé à cette imposture, « pour l'honneur et la gloire du Reich » : L'histoire de l'athlétisme a retenu quelques rares cas de "championnes" qui étaient soit des hommes, soit les victimes d'anomalies génétiques qui ne permettaient pas une détermination très nette de leur identité sexuelle.

Le cas le plus connu est probablement celui de Stella Walsh, née en Pologne 11 avril 1911 sous le nom de Stanislawa Walaziewiz, immigrée très jeune aux Etats-Unis avec sa famille.

Médaillée d'or sur 100 m et première femme à passer sous les 12 secondes, aux Jeux de Los Angeles de 1932, elle fut de nouveau médaillée d'argent en 1936 à Berlin.

En 1980, Walsh fut accidentellement abattue par une balle perdue lors d'une fusillade pendant un hold-up à Cleveland (Ohio). L'autopsie pratiquée révéla qu'elle n'avait pas d'organes sexuels féminins, mais bien un pénis et des testicules atrophiés. Son état fut décrit comme un cas de "mosaïcisme", présence simultanée de chromosomes masculins et féminins. A la même époque, la Tchécoslovaque Zdena Koubkova devint en 1934 la première "femme" à passer sous les 2 min 15 sec sur 800 m, avec un record en 2 min 12 sec 08. Quelques années plus tard, l'athlète révèlera qu'il est un homme. Le record est invalidé.

Après guerre, deux Françaises médaillées aux championnats d'Europe en 1946, Claire Bressolles (bronze sur 100 m) et Léa Caurla (bronze sur 200 m), se sont révélées être des hommes. Elles deviendront pères de famille sous les prénoms respectifs de Pierre et Léo.

Dans les années 1960, Irina Press et sa sœur aînée Tamara sont d'anciennes athlètes soviétiques qui ont gagné presque tout ce qui pouvait l'être…La polémique sur ce duo persiste encore aujourd'hui, pour tout ce qu'elles ont pu représenter à la fois comme symbole pour l'Union Soviétique et pour les interrogations sur leur genre sexuel.

Il se disait que le genre des deux sœurs ne pouvait être déterminé. Certains pensaient même qu'elles étaient hermaphrodites ; une autre rumeur disait qu'elles s'étaient fait injecter des hormones mâles. Leurs détracteurs les surnommaient les frères Press. Dès que l'établissement des tests pour déterminer le genre des athlètes fut devenu obligatoire en 1966, les deux athlètes disparurent de la scène sportive.

L'histoire retient également nombre de cas "suspects", dont les protagonistes n'ont jamais été suspendus ni disqualifiés, mais qui ont suscité les doutes de la part de leurs adversaires. Les tests de féminités, pratiqués depuis 1948 et rendus obligatoires en 1966 ont toujours été controversés . Bien qu’ils aient pris des formes variées au long des décennies, ils furent jugés peu fiables en 1992 et ont été abandonnés en 2000 par l'IAAF. Les cas litigieux sont désormais remis entre les mains d'un comité d'experts.

Mais qu’est-ce qu’une « vraie » femme ? Le travail d’Anaïs Bohuon, sociologue du sport à l’Université de Paris Sud, met en lumière une évidence, au grand dam des autorités sportives : « il est vain de vouloir couper le monde en deux catégories sexuées » prétend-t-elle !

Selon les généticiens, il conviendrait alors de détecter le sexe « hormonal », celui qui commande la masse musculaire à partir du taux d’androgènes. Mais pourquoi décréter que la production endogène de testostérone puisse être un problème pour les femmes ? D’autant plus que les taux moyens de testostérone varient selon les jours, la période de la vie, le statut social et l’intensité de la pratique sportive de chacun, au point d’être parfois plus distant entre deux hommes qu’entre un homme et une femme. A-t-on jamais envisagé qu’un homme produisant « trop » de testostérone devrait être interdit de compétition tant qu’il n’a pas suivi un traitement visant à ramener ses taux à un niveau moyen, jugé acceptable ?

En tout cas, récemment, la sprinteuse indienne Dutee Chand, et l’africaine du sud Caster Semenya, toutes deux athlètes hyper-androgène, ont eu l'obligation par l’IAAF de faire baisser par traitement médical leur taux de testostérone. Les autorités ont considéré que ces sportives étaient trop avantagées par leur désordre hormonal pour poursuivre correctement leur carrière.

De toute façon, Jean-Pierre de Mondenard, médecin du sport ayant écrit de nombreux ouvrages sur le sport en général et le dopage en particulier, prétend que « pour cause de prise de testostérone, en 1964 lors des Jeux de Tokyo, j’estime à 26,7 % le nombre d’athlètes médaillées d'or qui n'étaient pas des femmes authentiques. »…Comment expliquer ça et à qui se fier ?

Photos : Wikipédia